Erasmus, voyages, stages pros… De plus en plus de jeunes de la région font l’expérience concrète de l’UE. Des expériences qui, en retour, marquent leur vision de l’Europe et forgent leur conscience communautaire.

On le sait et on le répète à l’envi : les élections européennes mobilisent peu. Trop loin, pas assez concret… Mais tout le monde n’est pas égal devant cette apathie généralisée. Les étudiants notamment, ceux qui ont appris le nom de Jaques Delors dans les livres d’histoire, ont un rapport plus naturel à l’Europe.
Car ils sont de plus en plus nombreux, comme Olivier Talleux, à jouer à saute-frontières à un moment donné de leur parcours scolaire. « Je suis parti en Erasmus à Lisbonne. L’an prochain, je repars à Madrid : je suis devenu addict », confie cet étudiant en marketing à l’IAE de Lille qui se sentait « déjà européen avant Erasmus car dans le Nord, il y a un gros brassage culturel ». Matteo Manara, italien étudiant à Lille, en est la preuve. « J’ai toujours vécu chez mes parents, alors Erasmus, c’était le défi de l’autonomie, explique-t-il. J’ai rencontré des gens de partout et maintenant je sais où dormir dans plusieurs pays d’Europe. » Via la bourse Blériot (389 euros par mois), la région encourage ses jeunes à étudier en Europe. Et déjà, plus de 2 000 d’entre eux en ont bénéficié.
Le « super-européen »

Certains vont plus loin. Comme Alexandre Mirlesse, 23 ans, étudiant en littérature comparée qui a publié En attendant l’Europe aux éditions lilloises « La Contre Allée ». Une série d’entretiens avec des intellectuels européens, couplée à un récit de voyage. « J’ai senti qu’il fallait que je fasse l’université de la vie, comme dit Stefan Zweig. Je suis parti dans ce voyage Français et j’en reviens Européen », explique ce cosmopolite qui a grandi entre Genève et Paris et pour qui « le sentiment européen, c’est l’affaire d’expériences vécues plus que de valeurs » .
Des expériences qui ne sont pas l’apanage des grands. On dénombre environ 600 programmes de jumelages entre établissements, primaires ou secondaires, français et européens dans l’académie de Lille. L’école Lavoisier à Tourcoing est un modèle du genre. « On travaille avec des écoles hongroises, tchèques, anglaises, espagnoles…, explique le directeur, Christophe Grimonpart. Tous les deux mois, les élèves écrivent un exposé sur des thèmes différents (un sportif du pays, l’architecture de la région…) et s’échangent les résultats entre établissements. La semaine dernière, deux classes sont allées en Angleterre. Le but c’est l’ouverture sur le monde de gamins qui vivent dans un quartier qui ne les prédestine pas à ça. » Des programmes comme Leonardo ou le volontariat international en entreprise (VIE) permettent d’autre part aux jeunes d’effectuer un stage professionnel en Europe. « Ca permet de concilier la découverte d’une nouvelle culture et un bonus dans le CV », témoigne Laurent Delannoy de retour d’un an de VIE en Roumanie. « J’ai fait un boulot plus intéressant que ce que j’aurai pu trouver en France et avec une rémunération qui, par rapport au niveau de vie du pays, était plutôt confortable », poursuit ce diplômé d’HEI Lille. Pour Elena, étudiante en carrière sociale originaire de Vicenza en Italie, travailler en France lui permet d’enrichir ses pratiques : « j’ai constaté que le métier d’éducateur est vraiment différent en France, moins médico-social, plus centré sur le parcours individuel. C’est comme ça qu’on apprend. En se confrontant à d’autres façons de faire. »
Monter sa boîte à l’étranger
Francois-Xavier Loucheur, diplômé de l’Institut supérieur du design de Valenciennes, est aussi passé par la case stage à l’étranger. Globe-trotter de nature, il a même décidé de monter sa boîte… à Berlin ! « La vie culturelle y est très intense, la ville a une aura internationale et c’est un bon observatoire des modes de vie alternatif », confie ce designer qui a constaté dès son installation les réalisations de l’Europe : « le paiement de la TVA, les impôts, les virements internationaux, les échanges de stagiaires… beaucoup de choses sont simplifiées. » Seul souci : les clients. « Les Français aiment bien acheter français. Alors il a fallu que j’explique patiemment que le service serait le même pour eux-mêmes si j’étais installé en Allemagne. » Et Elena de conclure : « l’UE, c’est magnifique. Et je compte bien utiliser mon droit de vote pour le faire savoir. »

source: www.nordeclair.fr

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