Dans un pays où l’on apprend le Grec et le Latin dès le plus jeune âge, l’Université fait figure de véritable institution. Elle est à l’image d’un pays qui se définit en référence à un passé riche et glorieux, la conséquence d’une identité construite autour d’une culture historique qu’il faut préserver. L’Université de Bologne, dont l’origine est attribuée à l’année 1088, est ainsi considérée comme la première université du monde occidental.
À l’instar de l’Université française traditionnelle, l’Université italienne transmet un savoir théorique poussé qui fait la part belle aux matières nobles (Littérature, Histoire, Droit) et produit des étudiants fort érudits. Mais le système développe peu les qualités pratiques des étudiants: il y a très peu, voire pas du tout, de travail en groupe, peu d’exposés et peu ou pas de discussion en classe. L’Université italienne est aux antipodes du système anglo-saxon, qui privilégie l’émancipation personnelle et la capacité d’adaptation à travers les associations, les débats et les travaux de groupes.

Ils sont 140 000 à l’université de la Sapienza à Rome!
Par ailleurs, comme ils sont très nombreux dans les universités et qu’il n’y a ni conférences ni petits groupes, les étudiants ne peuvent pas être suivis (peu d’opportunité d’Erasmus et possibilités quasi nulles de stage). De plus la présence n’est pas obligatoire. Aussi, beaucoup d’étudiants décident de ne pas venir en cours et d’étudier seuls chez eux avec leurs livres.
Ce système a entraîné des effets pervers: les étudiants, au lieu d’étudier pour se cultiver, apprennent en vue d’obtenir de bonnes notes. Et cet apprentissage par cœur qui se transforme vite en bachotage finit par nuire à la réflexion. Le fait qu’en Italie on puisse réfuter sa note et décider de repasser son examen lors d’une autre session ne fait évidemment que renforcer l’obsession des notes et diminuer l’intérêt réel pour le sujet. Il n’est donc pas rare d’effectuer son Laurea (équivalent de la Licence) en… 6 ans! Les études sont à rallonge et la situation du marché de l’emploi n’encourage pas les jeunes à sortir de cette situation confortable. On entre alors dans un cercle vicieux… Par ailleurs cette manière d’apprendre par cœur puis de réciter son cours lors de l’examen ne pousse pas à la réflexion et n’aide pas la culture démocratique dans un pays où la politique est en crise.

La Bocconi avec ses 13 000 étudiants fait exception.
Le système de Grandes Ecoles, qui en France permet de produire une élite intellectuelle érudite mais compétitive sur le marché de l’emploi international, n’existe pas en Italie. La convertibilité des diplômes sur le marché du travail est donc faible. Seule la Bocconi fait figure d’innovatrice avec sa sélection à l’entrée et sa grande pénétration internationale (400 Erasmus chaque année viennent y étudier). Mais c’est une école privée : on peut alors déplorer le fossé qu’elle ne fait que creuser entre écoles privées sélectives et compétitives et universités d’Etat reconnues surtout pour l’enseignement des matières nobles mais qui peinent à se moderniser. Et ce système n’aide aucunement la mobilité sociale quand on pense qu’une année d’étude à la Bocconi revient 10.000 euros!
Il reste tout de même que l’érudition des jeunes italiens est reconnue partout dans le monde et que des écoles telles que la Bocconi montrent le chemin que ces Universités qui dispensent un savoir très riche devraient entreprendre pour se moderniser et produire non pas seulement des intellectuels mais aussi de futurs travailleurs internationaux.
Louise LAVABRE (Lepetitjournal.com Milan) Vendredi 10 juillet 2009

source: www.lepetitjournal.com

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